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En
juillet 87, j'ai présenté ma première collection de couture sous mon nom,
sur le thème de la Camargue, d'Arles, de mes paysages naturels.
La couture c'est une création libre, rêvée, "impressionniste" pour une
femme en mouvement, une femme qui incarne le thème de la saison ou du
moment, prise dans une ébauche d'histoire.
Personnellement, j'oscillerai toujours, tout en maintenant le cap d'un
fil d'Ariane mystérieux, entre la pureté des structures et l'ivresse des
ornements. Car la couture, c'est les deux en même temps. Je sais que j'aurai
toujours horreur du vide et que je le remplirai de fleurs, de peinture,
ou d'autres choses.
Je sais que je serai toujours le Méditerranéen des paseos, des Lices et
des processions mêlant parure et allure, gitanes du Gange et bohémiennes
de Kensington; je sais que j'aimerai toujours le snobisme, le vrai, quand
il signifie l'assertion d'une différence, qu'il s'agisse d'élégance, de
l'humble paillette des forains.
Dans cette fin du XXe siècle, la couture survivra si elle trouve sa cohérence
entre le prêt-à-porter de luxe qu'elle ne doit pas être et la créativité
radicale qui n'est pas son rôle, la clientèle, même nouvelle, n'échappe
pas à certains codes. Certains créateurs font un travail de couturier,
d'autres proposent une image obsolète de la femme. Une jupe droite à la
main ne signifie pas grand chose. L'avenir est entre les deux car l'envie
individuelle d'un vêtement unique et artisanal existera toujours et d'autant
plus qu'on aura à refuser l'uniforme. Je crois aux néo-couturières de
quartier, au sur-mesure même modeste, au rare et au beau qu'on s'invente.
Je veux continuer à croire que la différence reste la clef de tout. Dans
ma maison en tous cas : c'est l'éphémère, le particulier, l'unique qui
sont les meilleurs signes de l'identité. Le luxe en soi doit justement
déboucher sur une individualité, une différence, un dandysme - et pas
sur une bourgeoisie esthétiquement désuète. Je crois que l'on n'a qu'une
seule chose à dire mais que cette chose évolue sans cesse. C'est cette
constance dans le changement qui détermine un style.
La
couture c'est fou, contradictoire, imprévisible et, surtout, c'est
plus fort que moi.
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